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Friday, September 23rd, 2005 | Author: Nicolas

Qu’est ce que la Capoeira ? quelle est son origine ?

Les origines de la Capôeira :

Est elle strictement africaine? est-elle née au Brésil? le débat est lancé et alimenté depuis des générations …

Son origine est indubitablement liée à la déportation des esclaves noirs au Brésil qui commence vers 1537. Les antropologues Arthur Ramos (O negro brasileiro) et José Jorge de Carvalho (La música de origen africano em Brasil) ont coutume de classifier les esclaves qui arrivèrent au Brésil en deux grands groupes, identifiés par leurs classes linguistiques respectives : soudanaises et bantus – lesquels possèdant chacun des centaine de langues et dialectes aparentés.

Arrivant en Amérique du Sud, les Africains, principalement originaires du Yoruba et de Bantu, habitaient dans des “Senzalas” sur les plantations. Ces énormes plantations portugaises étaient la scène d’invasions répétées des forces militaires hollandaises. Ces escarmouches donnèrent à

beaucoup d’esclaves l’occasion de se sauver des régions côtières vers l’intérieur des terres à travers de très denses forêts. C’est dans cette zone de végétation presque impénétrable, que les esclaves

échappés ont fondé des “Quilombos” bien défendues. De telles communautés se sont étendues et ont évolué en économies autonomes, créant un réseau de plus en plus large pour libérer les captifs.

Capoeira ou la danse de la Guerre par J.M. Rugendas 1835

Capoeira ou la danse de la Guerre par J.M. Rugendas 1835

Le plus grand des Quilombos, appelé “Palmares”, a été régi durant de nombreuses années par le grand chef noir, Zumbi. La colonie a survécu pendant plus de 60 années, et accueilli une population pouvant aller jusqu’à 20.000 individus, sous la conduite de Zumbi et d’autres chefs guerriers africains, les Quilombos étaient des bastions contre les incursions à l’intérieur des terres des portugais fortement armés et impitoyables.

Mais alors qu’est ce que la Capoeira ? Quelques traductions l’ont désigné comme la région de la forêt où l’on trouvait les positions de défense les plus efficaces. Le mot a également décrit un modèle de combat créé par Africains au Brésil.

Celui-ci ressemblait à la danse de n’golo traditionnelle au Mucupe en Angola méridional. Beaucoup de personnes étant passées par Benguela le prolongèrent par des techniques de combat avec leurs pieds, à l’aide de coups de pied, balayages, clés de jambe, tenant même des sabre ou des rasoirs entre les orteils. C’était pratique dans un environnement où la punition se manifestait souvent par la perte d’une main et où les bras étaient régulièrement enchaînés derrière le dos tandis que les captifs étaient parqués dans un espace très confiné. Albano de Neves Souza rapporte, “Les plus mauvais bandits de Benguela étaient des muxilingues, qui, dans la ville, employaient les pas de danse du n’golo comme arme.” Ainsi la Capoeira était un environnement et un modèle de combat qui a été déguisé, spécialement comme danse, spécifiquement en conséquence de l’esclavage quand il existait au Brésil.

Instruments Capoeira

Instruments Capoeira

Les Portugais étaient vigilants contre la menace d’un soulèvement violent, et ils ont également cherché à maximiser le travail des esclaves, en interdisant toutes formes de combat ou la détention d’armes dans les Senzalas. Pourtant c’est dans les Senzalas elles même que la Capoeira s’est développée, déguisée comme une danse pour mystifier les surveillants, avec des rituels religieux et une tradition musicale différente. En Angola il y a un instrument constitué d’une corde métallique montée sur un arc dont le son est amplifié par une courge creuse. On le connaît régionalement en tant que ‘hungu ‘ou ‘bolumbumba ‘. Cet insturment a voyagé jusqu’au Brésil avec les esclaves d’Angola, ainsi renommé ‘Berimbau ‘. Ses rythmes sont devenus inséparables des mouvements de la Capoeira. Les mouvements lents du jeu, au ras du sol, adroit et possédant la fluidité d’une rivière, sont accompagnés du rythme (“toque”) Angola. Le tempo du rythme détermine la vitesse de la Capoeira, les toques les plus rapides empruntant leurs noms à ceux des saints, ‘São Bento Grande ‘, ‘São Bento Pequeno ‘, ou comme ‘Cavalaria ‘, qui servait à l’origine d’avertissement lors de l’approche d’une cavalerie dévastatrice. D’autres instruments de Capoeira comme le pandeiro (tambourin) et l’atabaque (tambour) sont également associés à la samba et à la religion répandue afro-brézilienne Candomblé.

Candomblé a de multiples liens avec la Capoeira. Le roda (cercle) dans lequel la Capoeira est pratiquée est certainement originaire de Candomblé et est la forme utilisée dans beaucoup de pratiques spirituelles et magiques. Tout comme les Capoeiristes entrent dans la roda au son du Berimbau, les “participants de Candomblé” entrent dans la roda au son du tambour. Les ‘orixas’, identités de Candomblé, sont les dieux africains déguisés en tant que saints catholiques. Comme avec la Capoeira, de telles transformations étaient nécessaires à la lumière de l’ardeur avec laquelle le Portugais a essayé de forcer les Africains du Brésil à se convertir en catholicisme.

Capoeira Angola

Capoeira Angola

A travers les siècles, la Capoeira s’est développée dans toutes les principales villes, et a été officiellement proscrite par les législateurs brésiliens. En 1878, le chef de la police de Rio de Janeiro déclara “la Capoeira constitue l’une des plus grandes infirmités morales de cette grande ville civilisée”. Tout d’abord la monarchie puis la République nouvellement fondée mirent tous les moyens en œuvre afin de détruire la Capoeira et ses praticiens. L’homme qui a proclamé la République, le

Général Deodoro da Fonseca, a commandé à sa police d’éliminer la Capoeira. En 1920, au Bahia, le coeur, la cavalerie a été mis en marche contre les “Rodas de Capoeira e Terreiros de Candomblé”. L’esclavage peut avoir été aboli, mais l’oppression brutale des personnes noires au Brésil a continué inchangé.

De nos jours, la Capoeira est le bastion d’une culture afro-brésilienne dans un pays assailli par l’influence culturelle et économique des U.S.A.. L’art continue à s’épanouir dans les académies de Salvador à Rio Grande do Sul. Des compétitions nationales de Capoeira opposent de superbes athlètes masculins et féminins, et la Capoeira est sur les programmes d’études de beaucoup d’universités brésiliennes. L’art et le sport sont réglementés par la Confederação Brasileira de Capoeira, et il y a un système d’évaluation déterminé par une série de ceintures, assez proche de celui qui s’est également développé dans les arts martiaux orientaux. Le plus haut des échelons “maître” prend trente à quarante ans à atteindre.

Mestre Bimba

Mestre Bimba

La survie et l’évolution de Capoeira sont les résultats du travail de nombreux vieux maîtres. Dans les années 30, Mestre Bimba a présenté un modèle connu sous le nom de “regional”, caractérisé par une position plus droite, l’incorporation de diverses techniques d’attaque, coups de pied et frappe provenant du Ju Jitsu et du Batuque, ainsi que d’enchaînements structurés de mouvements conçus par lui même. Mestre Pastinha a également eu une influence très grande sur Capoeira moderne, décrivant sa forme d’art comme étant, “celui que la bouche mange”. Plusieurs des chansons surréalistiquement poétiques, tristes et heureuses, qui sont chantées dans Rodas aujourd’hui, ont été écrites par Mestre Pastinha.

Il était un maître de la similitude, et la teneur lyrique de ses chansons, comme les mouvements du jeu, déguisent souvent une autre signification.

Dans les années 30, lorsque les arts martiaux étrangers commencèrent à s’installer au Brésil, maître Bimba a introduit de nouveaux mouvements dans le combats de capoeira régionale.

De Topazio à Aguia dourada :

Les groupes Aguia Dourada et Topazio ont été fondés à Salvador de Bahia en 1987 respectivement par José Carlos Mota da Silva (Mestre Carlinhos) et par Raimundo dos Santos (Mestre Dinho). Ces Mestres ont appris avec le même Mestre (ie Mestre Alabama) avant de former leur propre groupe.

Dans la vie d’un capoeiriste ces changements de groupe arrivent, beaucoup de professeurs brésiliens issus du même groupe au départ se sont répartis à leur arrivée à Paris dans les groupes existants sur place afin de pouvoir donner des cours. Il est très difficile de former son propre groupe.

Le Professeur Pica Pau fondateur de l’association, s’est vu conseillé par son Mestre (Mestre Almiro) lors de son départ en Argentine, de rejoindre le groupe Topazio. Lorsque le professeur Pica Pau a commencé à donner des cours en 2000, c’est sous les couleurs du groupe Topazio qu’il a formé ses élèves. Il a ainsi créé la première antenne française du groupe Topazio. Après 10 ans d’enseignement et 20 ans de tournée de spectacles, le Professeur Pica Pau reconnu par ses pairs comme un maître a décidé de prendre une retraite méritée. Souhaitant transmettre ses élèves avancés, il a choisi le Contra-Mestre Indio pour reprendre ce qu’il a commencé avec succès.

Ce groupe est né du désir de regrouper sous le même nom, les élèves de Maître Dinho, et de les rassembler. Une façon d’exprimer ce que chacun ressentait : ils étaient tous les membres d’une même famille. Depuis le nombre des élèves s’est multiplié et a formé de nombreuses branches.

Ces branches ont permis d’ouvrir de nouvelles écoles d’abord au brésil puis à l’international : en Argentine, au Mexique, aux USA, au Portugal, en Espagne, en Italie, en Allemagne, au Danemark, en Belgique, en Turquie, en Australie et en France. Il n’y a pas de chiffres officiels concernant le nombre d’adhérents, mais il est estimé à 15 000 élèves.

Mestre Dinho

Maître Dinho se bat pour que la capoeira continue de se développer sans oublier ses racines. Il pense que chacun des sports de combat peut offrir quelque chose aux autres sans se faire ombrage. Une des principales caractéristiques de la capoeira est qu’elle peut être pratiquée avec des styles très différents.

Certaines personnes pensent que cela est un problème, alors que cette variété de styles permet de construire l’identité d’un groupe. Un élève de Topazio reconnaîtra son homologue où qu’il soit parce qu’ils auront en commun le même style.

Ce groupe est resté uni parce que tous ces membres ont la même idée de la capoeira : rendre la capoeira populaire et pratiquer tous ensemble sans discrimination. Avec ses nombreuses facettes : le style de combat, les acrobaties, la danse, la musique, certains trouvent difficile de définir Capoeira.

Un jour on demanda à Maître Pastinha ( le grand maître de la Capoeira ) ce qu’est la Capoeira, celui-ci demeura silencieux un moment, regarda au plus profond de son âme, et répondit tranquillement, sous forme de

chanson. “La Capoeira est un jeu, un jouet, c’est respecter ta peur, bien doser ton courage, c’est un combat, c’est le plaisir de l’élégance de l’intelligence, C’est le vent dans la voile, un gémissement dans la Senzala, un corps qui tremble, un berimbau bien joué, l’éclat de rire d’un enfant, le vol d’un oiseau, l’attaque du serpent corail, le goût du danger dans la gorge, c’est rire devant l’ennemi, en agitant la main, c’est l’écho du cri de Zumbi dans les quilombos, c’est se relever de sa chute, avant de toucher le sol, c’est la haine et l’espérance, le coup porté au visage qui blesse le coeur, c’est aussi relever un défi, avec la volonté de combattre, c’est un petit bateau abandonné sur les vagues de la mer, un petit bateau en pèlerinage abandonné à la dérive sans but … “

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